Guinée : La Victoire qui révèle la Vacance du Réel
LE FAIT
Le 28 décembre 2025, le Général Mamady Doumbouya remporte l'élection présidentielle guinéenne avec 86,72% des voix et une participation officielle de 80,95%.
Le scrutin est boycotté par l'opposition. La CEDEAO reste silencieuse. Les réactions internationales sont feutrées. Pendant ce temps, les investisseurs chinois et émiratis planifient déjà de nouveaux contrats sur la bauxite.
L'ANGLE MORT : LOI 12 — LA VACANCE DU RÉEL
« L'absence d'alternative crédible ne prouve pas la vérité du récit officiel. Elle révèle simplement que les acteurs décisifs ont déjà arbitré. »
Ce qui compte, ce n'est pas qui contrôle le bulletin de vote. C'est qui contrôle la structure de rente et la capacité à la faire durer.
La Guinée n'a pas élu un président. Elle a validé un gestionnaire de flux.
LA DATA : CE QUE LES CHIFFRES DISENT VRAIMENT
1) La Guinée comme station-service mondiale
Sources : Agence Ecofin, octobre 2025 ; USGS 2024
2) Le raffinage local — encore marginal mais stratégique
- 78 000 tonnes d'alumine exportées au T3 2025 (vs 140M tonnes de bauxite brute)
- Doctrine 2024-2025 : « Extraction ici, raffinage ici »
- 51 licences minières récupérées en mai 2025 pour non-respect des engagements de transformation locale
- Contrat signé en décembre 2024 avec le chinois SPIC pour une raffinerie locale
Sources : Metal.com, La Tribune Afrique (mai-décembre 2025)
3) Dette et créanciers — la patience stratégique
- FMI (avril 2024) : risque de surendettement global en hausse
- Investissements chinois massifs sans conditionnalité politique
- Arbitrages potentiels : investisseurs émiratis Axis perdent des permis et engagent des procédures fin décembre 2025
Sources : Coface, Jeune Afrique (décembre 2025)
IMPLICATIONS (SO WHAT?)
Pour les investisseurs :
- Ne pas miser sur une transition démocratique. Privilégier la structuration de la chaîne bauxite-alumine.
- Le raffinage local pourrait multiplier la valeur par tonne de 3 à 5 fois.
- Le deal avec la Chine (infrastructure contre accès minier) peut rendre le régime structurellement résilient pendant une décennie.
- Risque : si la discipline de redistribution de la rente vacille, tout peut basculer rapidement.
Pour les États africains :
- Doumbouya teste le principe « Souveraineté = maîtrise des flux ».
- Ce modèle dépend de la stabilité des flux ET de la cohésion des forces armées.
- Si ça tient, le modèle militaire-gestionnaire-extractif pourrait inspirer le Sahel (Mali, Burkina, voire RDC).
Pour les chancelleries occidentales :
- Les sanctions symboliques ont peu d'effet si les alternatives économiques ne sont pas crédibles.
- La Chine avance via des raffineries et peut inverser le rapport de force sur le long terme.
- Si les Occidentaux boudent pour raisons « démocratiques », ils perdent l'accès à plus du quart des réserves mondiales de bauxite.
LE CHIFFRE QUI TUE
86,72% n'est pas une mesure de popularité.
C'est un indice de vacance du réel : l'absence d'alternative crédible pour les acteurs clés (armée, Chine, élites guinéennes, bailleurs régionaux).
Quand « la compétition » n'est plus perçue comme nécessaire, le chiffre devient un signal : « Personne d'autre ne peut faire fonctionner la machine. »
QUESTION STRATÉGIQUE
Pour les décideurs africains, investisseurs ou analystes :
Est-ce que l'efficacité légitime repose encore sur les urnes ou sur la maîtrise des infrastructures critiques ?
La Guinée de Doumbouya pourrait devenir un laboratoire pour un modèle militaire-gestionnaire-extractif — si l'équilibre se maintient (distribution de la rente + cohésion des forces armées).
Sinon, ce sera un nouveau cas d'école de fragilité structurelle.
CONCLUSION : L'ARCHITECTE SILENCIEUX
Doumbouya ne règne pas par charisme ou par mandat populaire.
Il règne parce qu'il restructure les flux : bauxite vers la Chine, liquidité de Pékin vers Conakry, licences vers ceux qui transforment localement.
Celui qui contrôle les flux contrôle tout.
Les urnes n'ont été qu'une formalité administrative pour valider ce qui était déjà structuré dans les câbles sous-marins, les contrats miniers et les accords de dette.
LIMITES DE L'ANALYSE
Transparence méthodologique :
Cette analyse privilégie les rapports de force économiques et les flux. Elle minimise:
- Le facteur populaire (révoltes, frustrations latentes)
- La cohésion interne des forces armées
- Les chocs exogènes (crises sanitaires, catastrophes naturelles)
- Les jeux d'influence multipolaires (UE, Inde, Turquie)
Ce n'est pas une prédiction. C'est une grille de lecture.