2026 : Les Élections comme Couverture de Guerre Économique
LE FAIT
En 2026, l’Afrique entre dans l’une des années électorales les plus denses de son histoire récente : de Cotonou à Kampala, de Brazzaville à Addis-Abeba, les calendriers s’alignent, les commissions électorales publient leurs chronogrammes, les observateurs se préparent.
Mais pendant que les projecteurs se braquent sur les urnes, un autre théâtre, plus silencieux, décide réellement du futur : d’un côté, l’affrontement entre blocs régionaux (CEDEAO vs Alliance des États du Sahel) fracture l’Afrique de l’Ouest en deux architectures concurrentes de souveraineté ; de l’autre, la Chine, les États-Unis et l’Union européenne verrouillent leur accès aux minéraux critiques africains (cobalt, cuivre, lithium, bauxite, terres rares) à coups de coalitions, de mémorandums et de contrats de long terme.
Officiellement, 2026 est l’année des bulletins. En réalité, c’est l’année des contrats.
L’ANGLE MORT : LOI 7 — LA MISE EN SCÈNE DE LA LÉGITIMITÉ
« Quand tout le monde regarde la scène, le stratège investit les coulisses. La légitimité proclamée n’est qu’un masque posé sur des dépendances déjà négociées. »
Dans les 50 Lois du Pouvoir Contemporain, la Loi 7 rappelle que la légitimité n’est plus seulement un récit, mais une architecture de contraintes : ce qui compte, ce n’est pas seulement qui gagne l’élection, c’est qui a verrouillé les flux dont personne ne peut se passer.
En 2026, trois illusions structurent le malentendu :
- Illusion électorale : croire que le vainqueur du scrutin sera le véritable centre du pouvoir, alors que la continuité des régimes se joue dans la maîtrise des flux (sécurité, énergie, minéraux, dette) bien avant le jour du vote.
- Illusion normative : croire qu’un “stress test démocratique” suffit à définir l’avenir d’un pays, alors que des blocs comme l’Alliance des États du Sahel écrivent leurs propres règles de souveraineté en rupture avec les cadres classiques.
- Illusion morale : croire que les grandes puissances défendent d’abord les valeurs démocratiques, alors qu’elles sécurisent d’abord les chaînes d’approvisionnement en ressources critiques.
L’essentiel : ce qui est présenté comme “consultation populaire” masque souvent une négociation froide sur les ressources stratégiques et les corridors qui les acheminent.
LA DATA : CE QUE LES CHIFFRES DISENT VRAIMENT
1) 2026 : l’hyper-calendrier électoral africain
- Jamais autant de pays africains n’auront aligné en douze mois des scrutins aussi structurants : présidentielles, législatives et locales se succèdent sur tout le continent, avec des enjeux de succession, de reconduction ou de recomposition profonde.
- Dans plusieurs cas, les observateurs parlent moins de “compétition ouverte” que de “test de solidité” des architectures déjà en place : la vraie question n’est pas “qui gagne ?”, mais “dans quel état sort la confiance dans le dispositif ?”.
2) Minéraux critiques : 30% des réserves, 0% de contrôle narratif
Sources : The Conversation, 2025 ; analyses sur la stratégie chinoise et occidentale autour des minéraux critiques africains.
3) Sahel : la rupture assumée comme stratégie
- Le divorce entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel (Mali, Niger, Burkina Faso) matérialise une Afrique de l’Ouest fracturée en deux architectures de souveraineté concurrentes.
- L’AES promeut une doctrine de sécurité autonome, des institutions propres et un récit de rupture qui fait de la sortie des cadres classiques un instrument de légitimité interne.
- Le message implicite : là où l’on ne contrôle pas encore toutes les ressources, on tente au moins de réécrire les règles du jeu.
IMPLICATIONS (SO WHAT?)
Pour les dirigeants africains :
- S’imaginer que “bien gagner” l’élection suffit est une erreur de première couche. La question clé devient : quelles ressources stratégiques votre pays maîtrise-t-il réellement, dans quel bloc vous les insérez, et quelles marges de manœuvre vous conservez face à vos partenaires ?
- Les régimes qui survivront à la décennie ne seront pas ceux qui auront la plus belle mise en scène démocratique, mais ceux qui auront transformé leur position géologique et géopolitique en capacité à dire “non” sans s’effondrer.
Pour les investisseurs et bâtisseurs :
- Lire un pays seulement en termes de “stabilité politique” est insuffisant. Il faut une cartographie des dépendances : mines, dettes, infrastructures, data, alliances sécuritaires.
- Les opportunités robustes se situent là où des acteurs locaux cherchent à monter en gamme (raffinage, transformation, hubs logistiques, industrie) plutôt qu’à rester éternellement fournisseurs de matières premières.
Pour les chancelleries et partenaires extérieurs :
- Continuer à parler de “valeurs” tout en verrouillant des corridors de minerais critiques est un pari narratif risqué : les sociétés africaines finissent par relier les points et identifier les co-architectes de leurs dépendances.
- La vraie menace pour certains intérêts n’est pas l’instabilité politique, mais l’émergence possible d’une coordination africaine sur les minéraux critiques, qui ferait passer l’Afrique du statut de terrain de jeu à celui de co-arbitre.
LE CHIFFRE QUI TUE
30% : part des gisements mondiaux de minéraux critiques situés en Afrique.
Si ces 30% restent négociés en tête-à-tête entre pays isolés et grandes puissances, les élections serviront surtout à renouveler les visages locaux de la dépendance.
Si ces 30% deviennent la base d’une stratégie collective de rareté organisée et de montée en gamme industrielle, le centre de gravité du pouvoir se déplace : la question ne sera plus “qui gouverne tel pays ?”, mais “à quelles conditions le monde accède à ce dont il a besoin ?”.
QUESTION STRATÉGIQUE
Pour les décideurs, investisseurs, officiers, bâtisseurs africains :
Voulez-vous être ceux qui gagnent les scrutins, ou ceux qui dessinent la carte des dépendances que même vos adversaires ne peuvent contourner ?
Les deux ne sont pas incompatibles. Mais ils ne se construisent pas avec les mêmes priorités, ni au même rythme.
CONCLUSION : LE MARIONNETTISTE ET LE CARTOGRAPHE
Le marionnettiste s’obsède pour la scène : slogans, coalitions, taux de participation, communiqués de victoire.
Le cartographe trace les lignes invisibles : mines, ports, câbles, dettes, alliances, corridors logistiques et minéraux critiques.
Le premier croit régner parce qu’il parle plus fort. Le second sait qu’il règne parce que, sans lui, rien ne circule.
Dans l’Afrique de 2026, le pouvoir contemporain n’est plus dans la main qui brandit le bulletin, mais dans celle qui tient la carte des flux dont personne ne peut se passer.
LIMITES DE L’ANALYSE
Transparence méthodologique :
Cette analyse privilégie les rapports de force économiques, géopolitiques et les flux de ressources. Elle minimise :
- Le facteur populaire (mouvements sociaux, révoltes, abstention massive)
- Les dynamiques internes des forces armées et des services de sécurité
- Les chocs exogènes (crises sanitaires, climatiques ou financières globales)
- Les trajectoires propres à chaque pays (histoires nationales, cultures politiques, leadership individuel)
Ce n’est pas une prédiction. C’est une grille de lecture pour bâtisseurs.